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Manset par Enki Bilal   Leave a comment

 

Je me suis rattrapé quelques instants plus tard

par hasard

c’est bizarre

je suis passé devant moi sans me voir

 

Où l’horizon prend fin

où l’œil jamais de l’homme n’apaisera sa faim

au seuil enfin de l’univers sur cet autre revers

trouant le ciel de nuit d’encre d’ennui profond

se font et se défont les astres

 

 

Grand format de la mort d’orion a télécharger   miniatures image Gerard_manset_Original.jpg ici ——– Grand format  miniatures image il_voyage_en_solitaire_par_bilal.jpg ici

 

Dessin de Enki Bilal 1975


Texte original de 1970 de:   la-mort-d’orion

 

 

Publié 30/03/2011 par Apo dans Gérard Manset

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.La Mort d’Orion.   1 comment

orion. bilal é

 

 

Où l’horizon prend fin

où l’œil jamais de l’homme n’apaisera sa faim

au seuil enfin de l’univers sur cet autre revers

trouant le ciel de nuit d’encre d’ennui profond

se font et se défont les astres.

 

Par delà les grands univers où les colonies de la terre prolifèrent

la grande nébuleuse noire dont voici dix mille ans fut l’histoire.

Depuis qu’ils cheminaient par dix et cent milles pour délaisser la terre et ses anciennes villes.

Depuis qu’ils voulaient voir, ce peuple fou, ailé, la nébuleuse noire depuis donc

et déjà tant de siècles passés qu’ils avaient délaissés la terre.

Ce peuple solitaire s’éprit de ses vestiges et voulus en revoir la tige.

Or pendant que coulaient tous ces millions d’années

sur la planète mère les survivants damnés redoraient le parvis de leur vie ;

cependant que croulait interminablement un bruit de poussière et de vent

et que s’affaissait le béton que coulait le peuple d’Orion.

On a vu bien d’autres étoiles depuis, allumées comme au fond d’un puits,

ceci remonte a bien longtemps sur Orion que la mort attend,

un prêtre fait asseoir les hommes à genoux et le peuple incompris prie.

Ooooh ! Orion ne verra plus jamais le pays

Et la lune sa sœur aura bien loin d’ici des ailes

Les cieux comme dans un taudis privés de leurs dentelles baissent les yeux.

 

 

Au milieu des cerisiers blancs, sur son cheval,

le prêtre a des ciseaux d’argent,

il a les mains couvertes de papier doré,

le devant de son visage,

le devant de son visage est décollé.

Les grands arbres se dressent, les yeux mouillés

et leurs cheveux comme des tresses qui cachent le soleil.,

les fleurs sont comme des oreilles et tout homme est pareil,

mais chacun se retourne dans son sommeil vers le soleil…

Comme le premier…

Nous

même si nos membranes fragiles,

nous rendent un peu moins agiles,

ensemble nous franchirons les mers de notre planisphère,

reprendrons nos mines de fer

si on nous laisse faire, si on nous laisse faire.

Et l’autel est dressé sur ses deux mains sur ses deux bras blessés

regardant vers le nord les mains tendues comme une plante carnivore.

Et de plus loin que l’on entend les rires, déjà morts sortir de leurs bouches de cire,

il faut les laisser faire, ce ne sont que des mammifères.

Dans ce monde de proses où tout est mou, rien ne tient quand on le pose…

Et voici ce que chante le peuple d’Orion qui reste seul qui n’a plus,

n’y raison n’y maison

Nous

même si nos yeux sont trop clairs

nous retournerons sur la terre ensemble

s’il faut venger nos morts

s’il faut souffrir encore

nous incinérons leurs corps

si on veut de nous encore

si on veut de nous encore

Nous

Même si nos membranes fragiles

nous rendent un peu moins agiles

ensemble

nous franchirons les mers de notre planisphère reprendront nos mines de fer

si on nous laisse faire

si on nous laisse faire.

 

 

Orion

Sentant sa fin venir

Dressa ses habitants contres leurs souvenirs contre leurs souvenirs…

Depuis longtemps, depuis longtemps riche de tout ce peuple parasite auquel nous rendions visite

souvent, fit notre faillite.

D’où il les avait mis sur le sol d’Orion

Il pointa ses canons de la tête première

Vers l’horizon puis vers la terre.

 

 

Par delà les plus hauts monts au milieu des goémons vit Salomon

pareil au preux chevalier teutonique comme les lépreux sataniques

et dont la descendance princière et millénaire un jour pour toujours, quitta la terre.

Depuis longtemps, depuis longtemps riche de tout comme un coquillage

dont la coquille est sans âge, Salomon ignorait d’autres rivages.

C’est au creux d’une lagune dont il cheminait les dunes descendant du ciel en spirale

Tombèrent les anges des étoiles.

tenant à peine debout ensevelis par la boue

le sable mou

leur semblant comme autant de serpents ils détruisirent tout en un instant.

Depuis longtemps, depuis longtemps jaloux de tout debout dans leurs caravelles

ce peuple aux formes nouvelles fit tomber nos citadelles d’un coup d’aile.

Par delà les plus hauts monts au milieu des goémons vivait Salomon

pareil au preux chevalier teutonique comme les lépreux sataniques

et dont la descendances princière et millénaire pour couvrir son corps un jour creusa la terre.

Les fossoyeuses marines trouveront dans sa poitrine tant de vermines

qui malgré les grands prêtres d’Orion se nourrissant de lui revivront.

Ooooh ! Orion ne verra plus jamais le pays

Et la lune sa sœur aura bien loin d’ici

Des ailes

Orion n’aura jamais s’il faut, pleuré, grandi

Quoiqu’aura bien vécu du moins à ce qu’on dit

Sans elle

Les cieux comme dans un taudis privés de leurs dentelles

baissent les yeux.

 

 

Nous

par le droit que nous donne notre âge réduisons nos fils à l’esclavage

ensemble ;

si demain chacun d’eux nous ressemble

il faudra faire en sorte

qu’aucun d’eux ne ressorte

du monde dont nous fermons les portes.

 

Que la légende d’Orion

soit morte.

 orion centre

 

Sous leur crâne en poussière

On dirait qu’il son fiers de leurs idées.

Sur leurs chevaux rayés

Les canons enrayés de la beauté

Vivent les hommes.

N’oubliez pas non plus

Qu’on ne reconnaît plus ses amis

Les rides entrecroisées

Le visage froissé

De brebis

Vivent les hommes

Ils ont petits, grandis, démesurés

N’essayez de les mesurer

Ils ont des horizons plus hauts que les maisons

De dix étages et bien plus hauts que les nuages

Le chagrin les domine

Comme un vieux puits de mine

Abandonné

Les profonds souterrains

Qui leur creusent les reins

Condamnés

Vivent les hommes

Chaque jour affairés

Le long des voies ferrées

De banlieue

Les voilà qui s’installent

A table, les mains sales

Vivent les hommes

Ils ont petits, grandis, démesurés

N’essayez de les mesurés

Ils ont des horizons plus hauts que des maisons

De dix étages et bien plus haut que les nuages

Vivent les hommes.

 

Ils ont le même aspect que nous

Quand nous sommes a genoux

Droits comme le temple d’Angkor

Leur tête sur leur corps.

On ne nous aimera jamais et si la pluie coule désormais

De nos visages

Pareil au fond d’un marécage

Nos idées se libèrent.

Et il nous faut tourner la page

Et il nous faut tourner la page.

Il en est qui viennent au monde en riant

Leurs dents tombent

On leur donne la religion

Qui passe

Dans la région

Si notre ciel est toujours gris

Et si notre ventre est rempli

De pourriture

Ce n’est pas tant la nourriture

Mais plutôt

L’exemple

De tous les Dieux de nos temples

De tous les Dieux de nos temples

Il en existe deux par an

Qui cherchent leurs parents

On les retrouve au fond d’un puits

Le ventre plein de pluie

On ne nous aimera jamais et si la pluie coule désormais

De nos visages…

Si notre ciel est toujours gris et si notre ventre est rempli

De pourriture…

On ne nous aimera jamais…

On ne nous aimera jamais…

 

Manset-solitaire

 

Hier en traversant la rue je me suis reconnu tête nue

Méconnu

J’ai changé de trottoir avec dix ans de plus

Je me suis rattrapé quelques instants plus tard par hasard

C’est bizarre

Je suis passé devant moi sans me voir.

 

Le paradis terrestre

Voyez ce qu’il en reste

C’est une terre aride

Les yeux au fond des rides

C’est un chemin plus difficile qu’on ne croit

C’est un chemin de croix.

 

Je me suis rattrapé ce soir là dans une impasse

Où l’on passe

Tête basse

Je me suis retourné pour bien me voir en face.

Je me suis pris à la gorge

J’ai serré…

J’ai serré…

J’ai serré…

D’être meilleur ou pire à l’avenir

Mais qui sait ce qu’il va devenir

 

Le paradis terrestre

Voyez ce qu’il en reste

C’est une terre aride

Les yeux perdu au fond des rides

C’est un chemin plus difficile qu’on ne croit

C’est un chemin de croix.

 

Hier en traversant la rue je me suis souvenu

D’avoir vu

Tête nue

Quelqu’un qui ne me semblait pas inconnu

 

Je me suis revu qu’une fois l’année dernière

J’avais l’air

D’être en l’air

A quelque centimètres au dessus de la terre.

 

Couvrez-moi de fleurs s’il le faut

Laissez venir l’homme à la faux

Et si me coudre les paupières

Au moins ne me riez derrière-moi

 

Laissez me parlez à l’oreille

Et faite miel de moi l’abeille

Et dans mon ombre laissez vivre

Quand bien même le bateau ivre

Sombre

 

Croyez-moi dans ce monde ci

Jamais on ne m’a dit merci

Où que ce fût, où que ce soit

Qui que ce fût, oncques ce soit

S’en fût.

 

C’est pour ma chair fragile et morte

Que je prie de vous de la sorte

Qu’on ne m’ait pas en terre admis

Sans que l’on y descende aussi…

 

Que reste ici de mon passé

Dans ce caveau frais repassé

L’habit de noce et le carton

De ma langue et de mon menton

L’os

 

L’ongle a peine de désigner

Faisant main comme l’araignée

Les yeux se taisent, et la cornée

Dessous l’arcade cimentée

Pèse

 

Couronnez-moi de fleurs mauves

Si voyez que ma vie se sauve

Et des ténèbres ayez raison

Lirez lumière de l’oraison

Funèbre.

 

Prenez soin de moi si pouvez

Faites de vos bouches un avé

Que Dieux le dépose ou l’apporte

S’il fut seul au pied de ma porte

Close

Couvrez-moi de fleur s’il le faut

Laissez venir l’homme à la faux

Couvez-moi de fleurs s’il le faut…

.Gérard Manset. La Mort d’Orion.

  

Publié 15/01/2008 par Apo dans Gérard Manset

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.Le bonheur dans l’esclavage.   1 comment

Anniversaire

.Tristes tropiques.


On nous parle d’Indiens qui souffrent et se font rares

Ne somme-nous pas nous-mêmes peuples opprimés

Pas d’étuis péniens, pas de curare

Mais la même terreur qui force à reculer

Qui partez le matin, revenez le soir

En vivant de cueillette et de faux espoirs

Sur des terrains de chasse dérisoires

Il vous reste quand même le droit d’êtres uniques

Ne pas singer les autres, comme une bique

Ne pas aller dansant de façon mécanique

Sur les fumées d’encens des tristes tropiques

Parmi les sons de flûte apocalyptiques

Qui partez le matin, revenez le soir

Chasseurs collecteurs, vêtus de noir

Si la forêt se meurt, putrifie

Ce n’est pas pour autant comme un défi

Des atlantides encores s’engloutissent

Mais ce qui meurt un jour, un jour revit

Dans le bruit des grands arbres et celui des scies

Il vous reste quand même le droit d’être assis

Ne pas singer les autres, faire comme si

Ne pas aller dansant de façon mécanique

Sur les fumées bleues des tristes tropiques

Parmi les sons de flûte apocalyptiques

Indiennes nues, femmes sans âge

Qui serez devenues tourbe ou feuillage

Vous vous réveillerez, le marécage

Sera couvert d’acier, jusqu’aux nuages

Et devant les piscines en marbre de Cararre

Les Indiens viennent mourir et se font rares

Ne somme-nous pas nous-mêmes indiens des plus rares

Pour nous sauver peut-être il n’est pas trop tard

Comme il faut bien finir un jour, quelque part

Nous irons nous tapir, dans une mare

Dans un de ces lagons épargnés de l’histoire

Où le sable est maison, le vent musique

Dans un de ces lagons des tristes tropiques

.Manset.

Publié 01/11/2007 par Apo dans Gérard Manset

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