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Baleine bleue


 

Chez moi, il fait toujours nuit dans nos âmes…

J’étais d’un grand pays sous-marin et bleuté

Bleu, comme la nuit quand elle est bleue…

Le bleu ne m’arrivait que par la voix des hommes

Moi, j’étais comme il faut le temps de me laver

De manger et de parler à mes copains…

 

L’important est de ne pas imaginer être trop grosse.

Ce sont les hommes qui ont peur de moi et ils ont tort.

Nous nous parlons de loin avec tous les copains.

 

Mon chant vient de là-bas où se tiennent les franges

Du temps qui passe et que vous mesurez, vous autre,

avec des méridiens. Je suis un Cétacé… et vous ?

Des chasseurs nucléaires, aujourd’hui ?

Depuis les Basques de ce siècle 14… ?

Vous voyez bien que je vous comprends, mais nous,

le temps, on s’en fout. Il est plus grand que nous,

et nous le savons bien. Il est instantané aussi,

comme disait Bachelard avec qui j’avais des rendez-vous

du côté de la Sorbonne à Paris.

 

Quand Gaston allumait et tisonnait son feu du matin

qui était beaucoup plus important que sa leçon de philosophie,

il me disait qu’il préférait rater sa leçon que son feu…

Ce n’était pas un chasseur, Bachelard, non, pas un chasseur,

un enfant, sans doute, un peu comme les miens que je porte

12 mois dans mon ventre et qui naissent tout petits… 5 ou 6 mètres…

Ça dépend des chasseurs. Quand je suis pressée, je force un peu…

Alors il s’étire un peu plus… Je préfère rater ma leçon de philosophie

que mon petit.

 

Je pars vers le Sud avec mon amant, trouvé dans le grand Nord,

et puis là-bas, Sud Atlantique, nous nous aimons.

On se nourrit au lard… de baleine !

On mincit tout l’été et on baise, oui, comme vous,

avec, en plus, cette illusion que nous avons de l’aventure sous-marine et

des chants dont nous nous émerveillons.

 

Nous entendons de loin, de très loin.

Nous nous parlons, nous nous aimons encore, et puis, à l’automne,

nous nous quittons et dans les algues inventées nous chantons

la bruyère avec Apollinaire « j’ai cueilli ce brin de bruyère,

l’automne est morte souviens-t’en Nous ne nous verrons plus sur Terre.

Odeur du temps brin de bruyère. Et souviens toi que je t’attends »

Et puis vinrent les Basques… Siècle 14. Nous autres,

nous chiffrons comme le carbone… 14 ou 15… On n’en a rien à foutre…

 

Et puis vinrent les Basques… Siècle 14… Ils se pointaient jusqu’au Labrador…

Lèvres d’or… Pas peureux, les Basques !
Embouchures du Saint-Laurent, tu parles…

Et je t’enchanterai mon petit du Québec et tu ne sauras pas que

mon fils est là-bas, dans le Grand Nord, et

que je l’ai laissé, moi drivant vers la Côte…

C’est bien le Larousse du siècle 20, au début, qui raconte des portes ouvertes :

" Ou bien on attend la bête sur la Côte ou bien on va la chercher en pleine mer ".

 

Pardi !

 

A l’automne, saison morte, comme les amours… Je me retrouvais seule, enceinte,

et comme un fil. Le lard… mon lard s’était barré… Il le nourrit, ce petit !

J’allais me taper du krill et comme  il faut, faites-moi confiance !

Suivant la chance, des fois, je faisais un bon coup :

de sept à huit cents kilos de Krill…

Ce n’était pas dégueulasse. Les trois étoiles, vous pouvez toujours

vous les accrocher dans votre Michelin, Hommes Tergaliens,

Hommes de la lignée des Seiko à quartz, Fumiers d’outre passé,

Etang de l’Aventure assise et dans les cliniques de chair apprivoisée.

 

Vous pouvez nous chasser, vous pouvez faire de moi, Baleine Bleue,

bleue comme les crépuscules indécents quand le soleil les innocente,

bleue comme les particules psychologiques de la Vierge tu connais ?

Vous pouvez faire de moi, mesurant 18 mètres et pesant 50 tonnes,

vous pouvez inventer à partir de ma vie, loin de vos turpitudes et

de vos nucléaires prétentions d’ailleurs, vous verrez bientôt

la marée nucléaire et avec tous mes compliments vous pouvez

faire de moi 7 tonnes de lard -moins celui que j’aurais usé pour mon petit

et puis 22 tonnes de viande, et puis 9 tonnes d’os, et

puis 2 tonnes de viscères, et puis, tenez-vous bien,

une tonne et demi de langue…

et puis vous pouvez dire que je ne parle pas.

 

Si je ne parle pas encore votre langage,

j’ai tout de même de quoi vous lécher le sentiment…

Avec tout le respect que je vous dois…

 

Moi BALEINE BLEUE…C’EST  MOI ! !

 

 

  .Léo Ferré.          E xtrait de l’opéra du pauvre

 

 

 

  

 

 

 

 

 

Léo Ferré

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Publié 05/09/2007 par Apo dans Léo Ferré

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