il n’y a plus rien   Leave a comment


 

 

IL NY A PLUS RIEN

 

g8 

 

 

Ecoute, écoute… Dans le silence de la mer, il y a comme un balancement maudit qui vous met le cœur à l’heure, avec le sable qui se remonte un peu, comme les vieilles putes qui remontent leur peau, qui tirent la couverture.

 

Immobile… L’immobilité, ça dérange le siècle. C’est un peu le sourire de la vitesse, et ça ne sourit pas lerche, la vitesse, en ces temps.

Les amants de la mer s’en vont en Bretagne ou à Tahiti…

 

Il n’y a plus rien

 

Camarade maudit, camarade misère…

Misère, c’était le nom de ma chienne qui n’avait que trois pattes.

L’autre, le destin la lui avait mis de côté pour les olympiades de la bouffe et des culs semestriels qu’elle accrochait dans les buissons pour y aller de sa progéniture.

Elle est partie, Misère, dans des cahots, quelque part dans la nuit des chiens.

Camarade tranquille, camarade prospère,

Quand tu rentreras chez toi

Pourquoi chez toi ?

Quand tu rentreras dans ta boîte,  rue d’Alésia ou du Faubourg

Si tu trouves quelqu’un dans ton lit,

Si tu y trouves quelqu’un qui dort

Alors vas-t’en, dans le matin clairet.

Seul

Te marie pas

Si c’est ta femme qui est là, réveille-la de sa mort imagée

 

Fous-lui une baffe, comme à une qui aurait une syncope ou une crise de nerfs….

Tu pourras lui dire : « t’as pas honte de t’assumer comme ça dans ta liquide sénescence.

Dis, t’as pas honte ? Alors qu’il y a quatre-vingt-dix mille espèces de fleurs ?

Espèce de conne !

Et barre-toi !

Divorce-la

Te marie pas !

Tu peux tout faire : t’empaqueter dans le désordre, pour l’honneur, pour la conservation du titre…

Le désordre, c’est l’ordre moins le pouvoir !

Il n’y a plus rien

Je suis un nègre blanc qui mange du cirage

Parce qu’il se fait chier à être blanc, ce nègre, il en a marre qu’on lui dise : sale blanc ! »

 

 A Marseille, la sardine qui bouche le port était bourrée d’héroïne et les hommes- grenouille n’en sont pas revenus… Libérez les sardines et y’aura plus de mareyeurs !

 

Si tu savais ce que je sais on te montrerait du doigt dans la rue. Alors il vaut mieux que tu ne saches rien comme ça, au moins tu es pénard, anonyme, citoyen !

 

Tu as le droit, Citoyen, au minimum décent. A la publicité des enzymes et du charme au trafic des dollars et aux fabriquant d’armes qui traînent les journaux dans la boue et le sang. Tu as droit à ce bruit de la mer qui descend, et si tu veux la prendre elle te fera du charme avec le vent au cul et des sextants d’alarme et la mer reviendra sans toi si tu es méchant.

 

Les mots… toujours les mots, bien sûr !

Citoyens ! Aux armes !

Aux pépées, citoyens ! A l’amour, Citoyens !

Nous entrerons dans la carrière quand nous aurons cassé, la gueule à nos aînés !

Les préfectures sont des monuments en airain… un coup d’aile d’oiseau ne les entame même pas… c’est  vous dire !

Nous ne sommes même plus des juifs allemands nous ne sommes plus rien

 

Il n’y a plus rien

 

Des futals bien coupés sur lesquels lorgnent les gosses, certes !

Des poitrines occupées, des ventres vacants.

Arrange-toi avec ça !

 

Le sourire de ceux qui font chauffer leur gamelle sur les plages reconverties et démoustiquées, c’est-à-dire en enfer  là où dieu  met ses lunettes noires pour ne pas risquer d’être reconnu par ses admirateurs

Dieu est une idole, aussi !

Sous les pavés y a plus la plage,

il y a l’enfer et la sécurité.

Notre vraie vie n’est pas ailleurs elle est ici.

Nous sommes au monde, on nous l’a assez dit, n’en déplaise à la littérature.

 

Les mots, nous leurs mettons des masques, un bâillon sur la tronche

A l’encyclopédie, les mots ! Et nous partons avec nos cris !

Et voilà !

 

 Il n’y a plus rien…plus, plus rien

 

Je suis un chien ?

Perhaps !

Je suis un rat

Rien

Avec le cœur battant jusqu’à la dernière battue.

Nous arrivons avec nos accessoires pour faire le ménage dans la tête des gens :

Apprends donc à te coucher tout nu !

Fous en l’air tes pantoufles !

Renverse tes chaises !

Mange debout !

Assoies-toi sur des tonnes d’inconvenances et montre toi à la fenêtre en gueulant des gueulantes de principe.

 

Si jamais tu t’aperçois que ta révolte s’encroûte et devient une habituelle révolte, alors,

Sors,

Marche,

Crève,

Baise,

Aime enfin les arbres, les bêtes et détourne-toi du conforme et de l’inconforme.

Lâche ces notions, si ce sont des notions.

Rien ne vaut la peine de rien

 

Il n’y a plus rien…plus, plus rien

 

Invente des formules de la nuit : CLN… c’est la nuit !

Même au soleil, surtout au soleil, c’est la nuit !

Tu peux crever… les gens ne retiendrons même pas une de leur inspiration.

Ils canaliseront sur toi leur air vicié en des regrets éternels puant le certificat d’études et le catéchisme ombilical.

C’est vraiment dégueulasse.

Ils te tairont, les gens.

Les gens taisent l’autre, toujours.

Regarde, à table, quand ils mangent…

Ils s’engouffrent dans l’innomé.

Il se dépassent eux-mêmes et s’en vont vers l’ordure et le rot ponctuel !  

 

La ponctuation de l’absurde, c’est bien ce renversement des réacteurs abdominaux, comme à l’atterrissage : on rote  et on arrête les massacres.

Sur les pistes de l’inconscient, il y a des balises baveuses toujours un peu se souvenant du frichti, de l’organe, du repu.  

 

Mes plus beaux souvenirs sont d’une autre planète. Où les bouchers vendaient de l’homme à la criée.

 

Moi je suis de la race ferroviaire qui regarde passer les vaches. Si on ne mangeait pas les vaches, les moutons et les restes, nous ne connaîtrions ni les vaches ni les moutons ni les restes…

Au bout du compte, on nous élève pour nous becqueter.  

Alors becquetons !

Côte à l’os pour deux personnes tu connais ?

 

Heureusement il y a le lit : un parking !

Tu viens, mon amour ?

Et puis, c’est comme à la roulette : on mise, on mise…

Si la roulette n’avait qu’un trou, on nous ferait miser quand même.

D’ailleurs, c’est ce qu’on fait !

Je comprends les joueurs : ils ont trente-cinq chances de ne pas se faire mettre…

Et ils mettent, ils mettent…  

Le drame dans le couple, c’est qu’on est deux

Et qu’il n’y a qu’un trou dans la roulette…  

 

Quand je vois un couple dans la rue, je change de trottoir.

 

Te marie pas.

Ne vote pas !

Sinon t’es coincé

 

Elle était belle comme une révolte.

Nous l’avions dans les yeux, dans les bras, dans nos futals.

Elle s’appelait l’imagination.  

 

Elle dormait comme une morte, elle était comme morte.

Elle sommeillait

On l’enterra de mémoire.  

 

Dans le cocktail Molotov, il faut mettre du martini, mon petit !

 

Transbahutez vos idées comme de la drogue… tu risques rien à la frontière.

Rien dans les mains

Rien dans les poches

 

Tout dans la tronche !

 

Vous n’avez rien à déclarer ?

Non. Comment vous nommez vous ?

Karl Marx.  

Allez, passez !  

 

Nous partîmes… nous étions une poignée…

Nous nous retrouverons bientôt démunis, seuls avec nos projets d’imagination dans le passé Ecoutez-les… écoutez-les…

Ça râpe comme le vin nouveau.

Nous partîmes…  nous étions une poignée

Bientôt ça débordera  sur les trottoirs.

La parlotte ça n’est pas un détonateur suffisant

Le silence armé, c’est bien mais il faut fermer sa gueule…

Toutes des concierges !

Ecoutez-les

 

Il n’y a plus rien

 

Si les morts se levaient ?

Hein ?

 

Nous étions combien ? 

La tristesse, toujours la tristesse…

Ils chantaient, ils chantaient…

Dans les rues

 

Ne vote pas

 

O DC-8 des pélicans

Cigognes qui partent à l’heure.

Labrador lèvres des bisons.

J’invente en bas des rennes bleus.

En habit rouge du couchant.

Je vais à l’Ouest de ma mémoire.

Vers la clarté vers la clarté.

 

Je m’éclaire la nuit dans le noir de mes nerfs.

Dans l’or de mes cheveux j’ai mis cent mille watts.

Des circuits sont en panne dans le fond de ma viande.

J’imagine le téléphone dans une lande

Celle où nous nous voyons moi et moi.

Dans cette brume obscène au crépuscule teint

Je ne suis qu’un voyant embarrassé de signes

Mes circuits déconnectent

Je ne suis qu’un binaire.

 

Mon fils, il faut lever le camp comme lève la pâte

Il est tôt lève toi prends du vin pour la route.

Dégaine-toi du rêve anxieux des bien assis

Roule Roule mon fils vers l’étoile idéale

Tu te rencontreras tu te reconnaîtras

Ton dessin devant toi, tu rentreras dedans

La mue ça se fait à l’envers dans ce monde inventif 

Tu reprendras ta voix de fille et chanteras demain

 

Retourne tes yeux au-dedans de toi.

Quand tu auras passé le mur du mur.

Quand tu auras outrepassé ta vision

Alors tu ne verras rien

 

Il n’y a plus rien

 

Que les pères et les mères

Que ceux qui t’on fait

Que ceux qui ont fait tous les autres

Que les « monsieur »

Que les « madame »

Que les «  assis » dans les velours glacés, soumis, mollasses.  

Que ces horribles magasins bipède et roulants

Qui portent tout en devanture

Tous ceux à qui tu pourras dire

 

Monsieur !

Madame !

 

Laissez donc ces gens-là tranquilles  

Ces courbettes imaginées que vous leur inventez

Ces désespoirs soumis

Toute cette tristesse qui se lève le matin  à heure fixe pour aller gagner VOS sous

Avec les poumons resserrés

Les mains grandies par l’outrage et les bonnes mœurs

Les yeux défaits par les veilles  soucieuses…

Et vous comptez vos sous ?

Pardon… LEURS sous !

 

Ce qui vous, déshonore

C’est la propreté administrative, écologique dont vous tirez orgueil 

Dans vos salles de bain climatisées

Dans vos bidets déserts en vos miroirs menteurs…

 

Vous faites mentir les miroirs

Vous êtes puissants au point de vous refléter tels que vous êtes

Cravatés

Envisonnés

Empapaoutés de morgue et d’ennui dans l’eau verte qui descend des montagnes et que vous vous êtes arrangé pour soumettre

À un point donné,

À heure fixe

Pour vos narcissiques partouzes.

Vous vous regardez et vous ne pouvez même plus vous reconnaître.

Tellement vous êtes beaux.

Et vous comptez vos sous

En long

En large

En marge

De ces salaires que vous lâchez avec précision

Avec parcimonie

J’allais dire « en douce » comme ces aquilons avant-coureurs et qui racontent les exploits du bol alimentaire, avec cet apparat vengeur et nivellateur qui empêche toute identification…

Je veux dire que pour exploiter votre prochain, vous êtes les champions de l’anonymat.  

 

Les révolutions ? Parlons-en !

Je veux parler des révolutions qu’on peut encore montrer, parce qu’elles vous servent,  

Parce qu’elle vous ont toujours servis, ces révolutions de « l’histoire »

Parce que les « histoires » ça vous amuse, avant de vous intéresser,

Et quand ça vous intéresse, il est trop tard, on vous dit qu’il s’en prépare une autre.

Lorsque quelque chose d’inédit vous choque et vous gêne,

Vous vous arranger la veille, toujours la veille, pour retenir une place,

Dans un palace d’exilés, entouré de prestige des déracinés.

Les racines profondes de ce pays, c’est vous, parait-il, 

Et quand on vous transbahute d’un « désordre de la rue », comme vous dites, à un « ordre nouveau » comme ils disent, vous vous faites greffer au retour et on vous salue.

 

Depuis deux cent ans, vous prenez des billets pour les révolutions.

Vous seriez même tentés d’y apporter votre petit panier, pour n’en pas perdre une miette, n’est-ce pas ?

Et les « voyous » qui vous amusent ces « voyous » qui vous dérangent aussi, on les enveloppe dans un fait-divers pendant que vous enveloppez les « vôtre » dans un drapeau.  

 

Vous vous croyez toujours, vous autres, dans un haras !

La race ça vous tient debout dans ce monde que vous avez assis. Vous avez le style du pouvoir.

Vous arrivez même à vous parler à vous-même.

Comme si vous parliez à vos subordonnés

De peur de quitter votre stature vos boursouflures, de peur qu’on vous montre du doigt, dans les corridors de l’ennui et qu’on dise : «   tiens, il baisse, il va finir par se plier, par ramper  » Soyez tranquilles ! Pour la reptation, vous êtes imbattables ; seulement, vous ne vous la concédez que dans la métaphore… vous voulez bien vous allonger mais avec l’allure.

Cette « allure » que vous portez, Monsieur, à votre boutonnière

Et quand on sait ce qu’a pu vous coûter de silences aigres, de renvois mal aiguillés.

De demi sourires séchés comme des larmes

Ce ruban malheureux et rouge comme la honte dont vous ne vous êtes jamais décidé à empourprer votre visage

Je me demande pourquoi la Nature met

Tant d’entêtement,

Tant d’adresse

Et tant d’indifférence biologique

À faire que vos fils ressemblent à ce point à leurs pères

Depuis les jupes de vos femmes matrimoniaire

Jusqu’aux salonnardes équivoques où vous les dressez à boire, dans votre grand monde, à la coupe des bien-pensants.  

 

Moi je suis un bâtard

Nous sommes tous des bâtards

Ce qui nous sépare, aujourd’hui, c’est que votre bâtardise à vous est sanctionnée par le code civil

Sur lequel avec votre permission, je me plais à cracher, avant de prendre congé.

Soyez tranquille, vous ne risquez rien.

 

ILN’Y APLUS RIEN

 

Et ce rien, on vous le laisse !  

Foutez-vous en jusque-là, si vous pouvez,

Nous, Nous on peut pas.

Un jour, dans dix mille ans

Quand vous ne serez plus là,

Nous aurons TOUT

Rien de vous ;

TOUT de NOUS

 

Nous aurons eu le temps d’inventer la Vie, la beauté, la jeunesse,

les larmes qui brilleront comme des émeraudes dans les yeux des filles

Le sourire des bêtes  enfin détraquées

La priorité à gauche, Permettez !

 

Nous ne mourrons plus de rien.

Nous vivrons de tout

 

Et les microbes de la connerie que vous n’aurez pas manqué de nous léguer montant

De vos fumures

De vos livres engrangés dans vos silothèques,

De vos documents publics,

De vos règlements d’administration pénitentiaire

De vos décrets

De vos prières même,

Tous ces microbes …

Soyez tranquilles

Nous avons déjà des machines pour les révoquer

 

NOUS AURONS TOUT

 

Dans dix milles ans

 

 

 

 

Et gueule le bien fort que le pouvoir quel qu’il soit c’est de la  merde…

 

 

.Léo Ferré-Il n’y a plus rien.

 

 

 

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Msere leo ferre

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Affiche_Rouge

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Publié 24/05/2007 par Apo dans Léo Ferré

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